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Interview / Cannes 2021 : ROB pour LA FRACTURE de Catherine Corsini, 'le film m'a un peu fait penser à Assaut de John Carpenter, un film de siège.'

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Propos recueillis à Cannes par Benoit Basirico - Publié le 16-07-2021




Avec LA FRACTURE, présenté en Compétition au Festival de Cannes 2021, Rob fait la rencontre de Catherine Corsini qui avait fait appel à Grégoire Hetzel sur ses précédents films avec un thème qui encadre le film, uniquement en début et fin, et représente un apaisement en contraste à la violence de cette nuit en immersion dans un hôpital assiégé.

Comment la rencontre s'est faite avec Catherine Corsini ?

Rob : C'est son monteur historique, Frédéric Baillehaiche, qui m'a introduit. Elle avait envie d'explorer de nouveaux terrains musicaux, et de nouveaux terrains tout court car ce film dénote un peu de son parcours antérieur. D'habitude elle travaillait avec Grégoire Hetzel, et elle avait envie de quelque chose de plus contemporain, de plus nerveux. Elle a pensé qu'un compositeur qui puisse aller puiser dans l'électro était une bonne idée. Ce qui est amusant c'est qu'au final, après avoir parcouru de nombreux styles et beaucoup d'essais, ce n'est pas du tout l'électro qui est ressortie de tout cela.

C'est un film très réaliste, en immersion dans un hôpital en pleine manifestation des gilets jaunes, un film très politique, avec une dimension de comédie et une légèreté. La musique s'absente donc très souvent, elle intervient essentiellement en ouverture et en clôture du film, une musique plutôt primesautière qui joue le décalage humoristique...

Rob : C'est tout à fait ça. C'est pour cette raison que c'était très difficile d'écrire la musique de ce film. Comme la vie, c'est drôle et triste à la fois. Le film commence comme une comédie à l'italienne avec des histoires de couple, des personnages un peu fantasques, qui se déchirent et s'engueulent, et tout d'un coup le film bascule dans un moment purement réel dans le monde des urgences où tout va mal. Et à ce moment-là la musique s'arrête. On laisse la place totalement au temps réel, à la vérité de ces instants un peu misérables mais faits de plein de rencontres qui peuvent être passionnantes. L'idée était donc de laisser complètement tomber le côté cinématographique qui pouvait y avoir quand on fait de la musique de film, mais la musique revient à la fin pour tout d'un coup soulever l'émotion, le cœur et le sens profond du film. On est tous fait de combats et de convictions qu'elles soient politiques, sociales ou intimes, et à la fin de la journée, qu'est-ce qu'on a vraiment fait, est-ce qu'on s'est vraiment engagé, c'est quoi l'engagement politique ou artistique. Le film questionne cela. Et ça me passionne. Comment chacun va pouvoir réagir à un basculement politique.

Malgré le réalisme au cœur du film, il y a aussi des moments de suspens et quasiment d'action lorsque des malades ou blessés attendent d'être soignés et sont confrontés à la pénurie de personnel. Est-ce qu'il y a eu la tentation de soutenir ces moments de tension ?

Rob : Au moment du scénario, le film m'a un peu fait penser à "Assaut" de John Carpenter, un film de siège. Nous sommes dans un huis clos, un lieu public comme le commissariat. On est assiégé, on bascule dans un climat de stress extrêmement intense. Et on sent que la menace vient de partout. À un moment donné dans nos recherches musicales, on a voulu jouer cette carte. J'ai composé six BO différentes pour ce film. La tentation de jouer la carte du suspens était grande. C'est une carte que j'aime bien jouer au cinéma par expérience. Mais on a renoncé quand on s'est rendu compte que le sens profond du film était au-delà de cela. C'est au-delà du film de genre. C'est quelque chose de plus intime, profond et plus réaliste.

Et au niveau de l'instrumentation, nous ne sommes plus dans quelque chose à la Carpenter, nous sommes avec des cordes, flûte, piano et clarinette...

Rob : Je pourrais vous faire écouter des partitions à la Carpenter que j'ai pu faire pour ce film, mais il y en a aussi eu plus dans la comédie. Le film démarre de manière léger avec un ensemble de chambre, un peu guilleret, puis ce même ensemble revient à la fin du film et s'aggrave, s'alourdit. C'est en effet un quatuor avec flûte et clarinette basse. Les éléments classiques, j'ai essayé de les faire sonner en modernité, et de trouver une couleur propre au film.

Comment s'est passé le dialogue avec Catherine Corsini au fil de ces changements de direction. Avec diplomatie ou alors avec des "non" catégoriques ?

Rob : On sent vraiment que c'est une artiste et une autrice, quelqu'un qui prend les choses très à cœur. Donc c'était très passionnant de travailler avec elle. J'étais aussi avec une relation particulière avec le monteur qui est un ami. Donc j'ai pu rentrer très vite dans l'intimité du film. Je me suis retrouvé au premier plan. C'était passionnant d'être avec quelqu'un qui sait faire du cinéma et qui l'a montré maintes fois. Même si tout se passait bien, j'avais envie de plaire au film, de trouver ce qu'il fallait, et de plaire à Catherine que je rencontrais. J'ai cherché, cherché, réinventé, jusqu'à ce que Catherine ait un moment de panique, la veille du rendu de la musique, elle voulait qu'on abandonne tout, qu'il n'y aurait finalement pas de musique du tout. J'ai senti qu'elle était elle-même arrivée au bout de son parcours nerveux et de son approche du film. Et en fait je lui ai conseillé de prendre une bonne nuit de sommeil et de réfléchir à une meilleure solution le lendemain. Au final, on a repris une musique du film que j'avais proposée quelques mois auparavant où instinctivement j'avais peut-être compris l'équilibre qu'il fallait trouver entre la carte de l'émotion et le réalisme. Je suis content au final qu'il y ait de la musique dans le film.

Il y avait une certaine pédagogie à faire...

Rob : C'est un cas de figure intéressant pour un compositeur. Je me souviens que ça m'est déjà arrivé dans "Papicha" l'année dernière, avec un film très fort et un sens politique, d'un coup on se dit à quoi bon une musique, à quoi bon souligner les sentiments qui sont déjà évidents. Et j'ai le réflexe à ce moment-là d'une grande pudeur, de vouloir tout enlever. Et puis en face de moi j'ai des réalisatrices qui me disent qu'elles ont besoin de musiques. Donc ce sont des moments où on me demande de viser juste plutôt que de simplement habiller la narration. C'est un exercice assez difficile. Il faut être dans l'épure totale pour au final ne laisser que la musique qui va faire que le film va porter son sujet encore plus haut.

 

Propos recueillis à Cannes par Benoit Basirico

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