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Fire in the sky  (1993)

Varèse Sarabande (1993) - 0:40:40 | Original Score [musique originale]



Mark Isham a signé pour Fire In The Sky l’une de ses plus sombres partitions orchestrales écrites pour un film. Si le film est assez impressionnant, il doit beaucoup à l’excellente musique d'Isham, visiblement inspiré par son sujet. Pour retranscrire la tension dramatique et la noirceur du film, le compositeur utilise l’orchestre symphonique traditionnel agrémenté d’une bonne dose de synthétiseurs qui permettent au compositeur de retranscrire le mystère extra-terrestre de cette sombre intrigue.

[© Texte : Cinezik] •

Fire in the sky

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. White Mountains, Arizona (4:14)
2. Travis Walton (3:11)
3. A Fire In The Sky (7:23)
4. The Return (7:52)
5. A Man On Display (1:50)
6. Evil Spirits From The Sky (12:39)
7. They Didn't Like Me-A Case Unsolved (3:31)

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Le générique de début nous plonge ainsi d’emblée dans le mystère et le suspense avec ‘White Mountains Arizona’. On notera ici le côté répétitif et envoûtant des cordes qui suggèrent une certaine angoisse, doublée par des nappes de synthétiseur particulièrement inquiétantes. Isham cherche à plonger le spectateur/auditeur dans un certain malaise que l’on ressent ainsi dès les premières secondes du film. Son entreprise se confirme avec une seconde partie plus stressée et agitée, où le compositeur met en avant des percussions/rythmiques électroniques créant un certain sentiment de panique lorsque l’on voit à l’écran la voiture des bûcherons foncer à toute vitesse sur la route, suggérant que quelque chose de particulièrement grave vient d’arriver. A noter ici l’utilisation de glissendi de cordes dissonantes qui renforcent la noirceur extrême de la musique. Le motif principal ne tarde pas à se faire entendre, un bref motif rythmique de 4 notes jouées par un mélange trompettes/xylophone/clarinettes qui donne une couleur assez particulière (voire inquiétante) à ce thème, lié à l’enlèvement de Travis Walton.

Le protagoniste principal incarné par D.B. Sweeney a même droit à son propre thème dans ‘Travis Walton’, où Isham fait intervenir une très belle écriture lyrique et paisible de l’orchestre, dominé par une flûte et des cordes chaleureuses. Le thème intervient pour évoquer la vie de tous les jours de Travis et suggérer une certaine intimité ordinaire pour un personnage tout aussi ordinaire, qui va vivre une expérience extraordinaire (dans le sens négatif du terme). On notera la seconde partie du thème qui fait intervenir des synthétiseurs plus ‘cool’ afin d’apporter un peu de rythme à la scène. ‘A Fire In The Sky’ fait alors basculer l’histoire dans le cauchemar pour la scène de l’OVNI et du rayon qui frappe Travis. Si le début du morceau s’avère être paisible et rythmé, dans la continuité de ‘Travis Walton’, c’est pour mieux créer un contraste saisissant lorsque l’orchestre semble s’assombrir d’un seul coup lorsque les bûcherons aperçoivent au loin les étranges lumières rougeâtres éblouissant le ciel en pleine nuit. Isham installe alors un malaise soudain avec des nappes de synthétiseur obscures synonymes d’angoisse, renforcées par un excellent travail de cordes incluant clusters, nuages sonores, glissendi, jeux sur les quarts de ton, jeux sur l’archet, le tout dans une atmosphère atonale du plus bel effet. Les sonorités électroniques penchent très radicalement ici vers le macabre, Isham créant une vraie ambiance de peur pour la scène de l’OVNI vers le début du film. A noter ces martèlements agressifs de timbales/cuivres qui suggèrent à leur tour un fort sentiment de menace et de danger. Impressionnant, tel pourrait être le mot pour définir ‘A Fire In The Sky’. Ceux qui frissonnent aux histoires d’enlèvements extra-terrestres devraient en tout cas ressentir quelque chose à l’écoute d’une musique aussi noire et macabre.

Le retour de Travis dans ‘The Return’ est illustrée de manière à la fois sombre et dramatique avec des cordes sombres et pesantes, renforcées par des sonorités électroniques toutes aussi sombres. La musique se veut ici plus psychologique, évoquant le traumatisme et les horrifiants flash-backs de Travis, illustrés par des rythmiques électroniques plus speedées, des sonorités synthétiques macabres et des glissendi de cordes dissonantes toujours aussi impressionnants. Du coup, ‘A Man on Display’ paraît plus terne, avec son écriture de cordes/vents/harpe plus mélancolique et aussi plus quelconque. Mais c’est finalement le macabre ‘Evil Spirits From The Sky’ qui attirera ici toute notre attention, véritable point d’orgue de l’oeuvre dans lequel la partition atteint son climax pour la séquence de l’horrifiant flash-back final de Travis à l’intérieur du vaisseau extra-terrestre. Dès le début, Isham installe un malaise assez intense avec toute une série de travaux autour des sonorités électroniques judicieusement choisies pour la séquence-clé du film. 100% atonal, ‘Evil Spirits From The Sky’ nous donne très clairement l’impression d’être bloqué, prisonnier dans un autre monde. La longueur du morceau (plus de douze minutes) et son côté sinistre, atmosphérique et répétitif nous donne très clairement l’impression de vivre un cauchemar non-stop sans fin. L’impact du morceau à l’écran est assez saisissant, et, à l’écoute de cette musique, on s’imagine sans mal l’angoisse que peut ressentir le personnage dans cette situation cauchemardesque. La fin du morceau devient d’une noirceur extrême, aboutissant à l’accélération d’une pulsation métallique particulièrement stressante, évoquant la terrifiante expérience que les aliens font subir à Travis.

Le calme revient avec ‘They Didn’t Like Me – A Case Unsolved’ qui conclut l’histoire sur une touche plus optimiste et paisible où Mark Isham reprend une dernière fois le thème de Travis Walton qui conclut le film de manière plus positive. De toutes les partitions écrites par Mark Isham au début des années 90, Fire In The Sky est de loin l’une de ses plus intéressantes BO, où le compositeur reflète toute la noirceur et la tension du film avec une certaine habileté que l’on aimerait hélas plus souvent retrouver dans la plupart de ses musiques de film. Visiblement très inspiré par son sujet, Isham nous offre une partition d’une noirceur extrême parfois très intense, la pertinence de l’association image/musique atteignant ici un niveau rarement égalé par le compositeur lui-même. Ainsi, si vous n’êtes pas particulièrement fan des musiques de film de Mark Isham, vous devriez néanmoins vous attarder sur cette excellente partition qui, à défaut de laisser un souvenir impérissable, confirme le fait que le compositeur possède un certain potentiel qu’il devrait exploiter plus souvent sur des sujets qui l’inspirent vraiment!

Quentin Billard

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