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Haunted Summer   (1988)

• Ivan Passer •

• Musique composée par Christopher Young

Il s'agit de l'unique partition de Christopher Young pour le réalisateur tchèque Ivan Passer. Sa musique apporte une émotion particulière au film d'Ivan Passer. Il paraissait évident qu'un film au ton si particulier ne puisse être accompagné par une musique orchestrale ordinaire. C'est pourquoi Young a décidé d'utiliser des synthétiseurs de façon plus surprenante, avec quelques solistes incluant un violoncelle et une flûte, sans oublier une petite formation de cordes plus sombres.

 Interview B.O : Christopher Young, Interview carrière (1982-2011)

[© Texte : Cinezik] •

Haunted Summer

Sortie de la BO

La-La Land Records (19 octobre 2010) - 1:17:06

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

The Album Tracks

Haunted Summer (2:51)
Menage (4:39)
Villa Diodati (3:37)
The Night Was Made for Loving (7:06)
Polidori's Potions (4:16)
Ariel (2:06)
Confreres (2:06)
Geneva (1:30)
Alby (2:37)
An Unquiet Dream (5:29)
Hauntings (18:22)

The Film Tracks

End Title (Mon Coeuer) (2:20)
Alp Horns (2:30)
Main Title (alternate) (3:56)
Mary/Claire/Hallucinations (2:13)
More Hallucinations (5:13)
Byron And Mary (3:15)
Mon Coeuer (2:10)

 

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Autour de cette BO

Nos articles sur cette BO

Le film s'ouvre au son de synthétiseurs new age cristallins un peu étranges, à travers une série d'ostinati mélodiques entêtants. Le côté new age de cette ouverture semble quelque peu décalé par rapport au sujet du film, et pourtant, cela crée une ambiance particulière en adéquation avec l'atmosphère générale déjà assez particulière du film, tout en possédant un côté majestueux qui évoque ici le début de l'été. On retrouve ces synthétiseurs dans ‘Menage', dévoilant le magnifique thème principal du score joué ici par un violoncelle soliste sur fond de synthés et de cordes. Le thème poignant de ‘Menage' est d'une beauté à couper le souffle, apportant une poésie à la musique de Young et aux images du film. Il évoque la romance entre Shelley et sa femme, et aussi l'attirance que ressent Mary pour Byron, une attirance nuancée et ambiguë. Il se dégage aussi de cette musique un doux parfum de sensualité, de mélancolie qui sied à merveille à l'ambiance du film. A noter une très belle reprise de ce magnifique thème dans ‘Alby', joué cette fois-ci par une flûte alto chaleureuse. Dans un registre similaire, ‘The Night Was Made for Loving' évoque ici les sentiments passionnés des protagonistes principaux à travers un morceau intime et serein où règne une douce mélancolie, un romantisme rêveur et nostalgique. Young nous livre un deuxième très beau morceau, entièrement dominé par des synthétiseurs new age et cristallin qui font parfois penser à certaines musiques de Vangelis de l'époque (chose étonnante chez Young !). On pourrait d'ailleurs faire le même rapprochement avec le très paisible et new age ‘Confreres', où une flûte soliste et un violoncelle évoquent une scène où Byron et Shelley, assis tout deux aux bords du lac, scrute l'horizon, perdus dans leurs pensées. Un morceau comme ‘Geneva' est quand à lui différent, utilisant un quatuor à cordes dans un style plus proche de la musique de chambre du 19ème siècle (l'époque à laquelle se déroule l'histoire du film).

‘Villa Diodati' réutilise les synthétiseurs new age du début tandis que la petite formation de cordes refait son apparition accompagnant ici des synthés aux sons cristallins proche d'une boîte à musique, accompagnant subtilement la scène où Byron accueille ses invités dans son immense et luxueuse demeure. La musique demeure toujours très nuancée et retenue, évitant tout pathos émotionnel en conservant cette intimité qui colle parfaitement au film d'Ivan Passer (idem pour ‘Ariel'). C'est avec ‘Polidori's Potions' que les choses commencent à changer considérablement. On retrouve ici le Christopher Young des musiques d'horreur/thriller à travers un morceau atonal plus expérimental où le compositeur utilise différentes textures sonores électroniques traversés de sonorités brumeuses et suffocantes. La présence discrète d'une voix féminine lointaine au début du morceau et de bruits de sabots de chevaux (associés aux hallucinations de Mary Shelley dans le film, qui croit entendre durant une nuit le cheval issu du tableau de l'Incubus que lui a montré Byron) renforcent le climat résolument cauchemardesque de cette musique, l'utilisation des cordes dissonantes dans la seconde partie du morceau accentuant davantage la sensation d'être piégé dans une hallucination cauchemardesque. Le morceau évite néanmoins tout écueil horrifique et conserve au contraire un côté rampant et angoissant assez discret dans le film mais néanmoins présent. La froideur des cordes est ici impressionnante, les instruments semblant ici aussi ramper dans l'obscurité d'une nuit noire sans fin. Young traduit donc ce climat psychologique torturé à merveille dans le film, laissant libre cours à son imagination pour un premier morceau « d'hallucination » très réussi. ‘An Unquiet Dream' traduit quand à lui à l'écran une atmosphère onirique et envoûtante à l'aide d'une utilisation toujours très fine et subtile des synthétiseurs qui accompagne ici la scène d'amour entre Shelley et Mary vers le milieu du film, scène filmée sans bruitage, entièrement portée par la musique de Christopher Young, preuve que le réalisateur a accordé une certaine importance à la musique dans son film, en tant que véhicule des émotions des différents personnages.

Finalement, Young nous propose un dernier morceau en guise de conclusion, une suite de plus de 18 minutes reprenant différents éléments du score de Haunted Summer: on commence par une petite mélodie ‘classique' de piano, puis un deuxième passage atonal « d'hallucination » avec les cordes glaciales hypnotisantes de ‘Polidori's Potions' superposées au quatuor à cordes de ‘Geneva' et au piano du début du morceau. Comme Young l'avait déjà fait dans sa musique rejetée de ‘Invaders from Mars', le compositeur superpose dans ‘Hauntings' différentes parties, créant des rencontres sonores déstabilisantes voire anarchiques. Young utilise ici les synthétiseurs dans un registre lugubre et cauchemardesque associé aux hallucinations de Shelley et Byron après avoir absorbé de l'opium, et aux cauchemars de Mary qui traversent une bonne partie du film. Young nous transporte ici dans un autre monde, où la confusion la plus totale semble régner alors même que les terrifiantes nappes de synthétiseurs déshumanisés, le piano, les cordes et les voix féminines alourdissent le climat et permettent au compositeur d'expérimenter dans un registre musical qu'il connaît bien, lui qui a toujours nourri une certaine passion à l'égard de la musique avant-gardiste du 20ème siècle (on sent même dans ce morceau les prémisses de futures partitions comme The Grudge ou The Exorcism of Emily Rose). Le score se termine finalement sur un dernier morceau de synthétiseur plus calme et apaisé, aux sonorités new age, marquant la fin de l'aventure et le départ de chez Lord Byron.

Christopher Young évoque dans Haunted Summer un univers particulier presque irréel où synthétiseurs et thèmes mélancoliques et passionnés se mélangent à des textures sonores tour à tour envoûtantes et terrifiantes. C'est le climat hypnotisant de cette musique qui fait ressortir ce mélange entre sensualité et malaise, deux termes qui pourraient finalement parfaitement résumer l'ambiance globale du film d'Ivan Passer. Evitant donc tout lyrisme excessif, Young a préféré opter au contraire pour une approche plus subtile et plus profonde, faisant ressortir les émotions et sentiments profonds des personnages avec un tact rare. Du coup, comme mentionné précédemment, la musique crée une ambiance particulière dans le film, renforçant la sensation de partager avec ces poètes une expérience humaine aux limites du rationnel, du monde humain. Le fait même que les hallucinations soient en partie provoqués dans le film par la consommation d'opium a certainement du guider Christopher Young dans le choix de ses textures sonores électroniques durant ses passages d'atonalité brumeuse et cauchemardesque. N'oublions pas que le film s'appelle Haunted Summer (traduit littéralement: "l'été hanté"). C'est donc cette idée de hantise que le compositeur a voulu faire ressortir ici, quitte à frôler le style des musiques horrifiques habituelles, sans pour autant tomber dans les conventions du genre (pas de sursauts orchestraux ni même d'effets massifs!). Le psychologique et la folie contre la rationalité et le conventionnel en somme ! Mais le musicien n'en oublie pas pour autant la partie plus romantique et intime en nous livrant un thème principal d'une très grande beauté, où règne une certaine tristesse, un lyrisme discret et sous-jacent. Voilà en tout cas une composition assez particulière et remarquable de la part de Christopher Young, qui prouve à quel point le compositeur sait se montrer inspiré lorsqu'il s'agit d'évoquer la noirceur et les tourments des êtres humains !

Quentin Billard

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Christopher Young a également écrit la musique de : Hellraiser 2 : les écorchés (1989) • Hellraiser (1988) • Rapid Fire (1992) • Le Prix à payer (1997) • Copycat (1996) • Fusion (2003) • L'Exorcisme d'Emily Rose (2005) • Ghost Rider (2007) • The Grudge 2 (2006) • Le Maître du jeu (2004) • Urban Legend (1999) • The Vagrant (1992) • Spider-Man 3 (2007) • Lucky You (2007) • Pranks (1982) •

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