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Nanny McPhee  (2005)

Varèse Sarabande (24 janvier 2006) | Original Score [musique originale]



Patrick Doyle n'est pas si loin de l'univers d'Harry Potter dont il compose le quatrième épisode. Il s'agit d'un univers de conte, de féérie, retranscrit par cette musique angélique, parfois teintée d'humour par un déchainement ludique de l'orchestre à la manière d'Elfman et majoritairement épris d'un lyrisme hivernal du genre de Home Alone de Williams.

 Interview B.O : Patrick Doyle, HARRY POTTER & LA COUPE DE FEU & NANNY MCPHEE (2005)

[© Texte : Cinezik] •

Nanny McPhee

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. They've Eaten The Baby! (2:42)
2. No More Nannies (1:24)
3. Secret Toast and Jam (2:30)
4. A Clockwork Mouse (1:03)
5. The Pink Chair (1:00)
6. I Did Knock (6:02)
7. Goodnight, Children (4:25)
8. Measle Medicine (1:31)
9. Soup Du Jour (1:11)
10. I Smell Damp (1:40)
11. Barnyard Fashion (1:37)
12. Lord of The Donkeys (0:39)
13. The Girl In The Carriage (3:20)
14. Kites In The Sky (2:26)
15. The Room At The Top of The Stairs (1:43)
16. Toad In The Teapot (3:39)
17. Our Last Chance (2:17)
18. Mrs. Brown's Lullaby (1:20)
Lyrics by Emma Thompson
19. The Lady In Blue (2:04)
20. Bees and Cakes (3:45)
21. Snow In August (7:03)

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Pour Patrick Doyle, Nanny McPhee représente une nouvelle occasion de renouer avec un univers magique après sa formidable partition symphonique pour Harry Potter & The Goblet of Fire. Mais on est loin ici du style sombre et massif de "Harry Potter", Doyle préférant opter pour une approche musicale certes tout aussi classique mais plus douce, joviale, nuancée et légère. La participation du compositeur au film de Kirk Jones s’explique avant tout par la présence d’Emma Thompson et de Lindsay Doran à la production, les deux femmes ayant précédemment produites Dead Again et Sense and Sensibility pour lesquels Patrick Doyle avait déjà écrit la musique. Le choix de ce compositeur pour Nanny McPhee ne surprend donc guère, Doyle possédant dans sa musique ce style british qui ne pouvait que coller à l’univers du film.

C’est la fantaisie et le fun que déploie le compositeur tout au long de son œuvre qui fait ici le charme de la BO de Nanny McPhee. Dès l’introduction, Doyle pose les bases de sa partition dans ‘They’ve Eaten the Baby!’: mélodie de clavecin baroque, basson sautillant et seconde partie plus orchestrale sur un rythme dansant et espiègle évoquant la pagaille commise par les enfants de Mr. Brown, et même une brève citation ironique à la célèbre "marche funèbre" de Chopin, le morceau se concluant sur une brève valse pour orchestre et clavecin. La fantaisie et l’humour sont ici au rendez-vous, Doyle enchaînant les ambiances à un rythme toujours très soutenu et une grande fraîcheur. Comme d’habitude, Patrick Doyle maîtrise complètement son écriture orchestrale, apportant un raffinement à chacun de ses morceaux, orchestrés avec un classicisme indissociable du style british du compositeur. ‘No More Nannies’ développe un thème plus ironique lorsque Mr. Brown, excédé, part chercher une nouvelle nounou pour ses enfants. Les choeurs font ici leur apparition pour personnifier la facette plus magique et fantaisiste du film. A contrario, ‘Secret Toast and Jam’ se veut plus doux et intimiste, une très belle pièce pour clarinettes et cordes tout en douceur, nous rappelant à quel point Patrick Doyle est aussi un grand romantique doté d’une grande sensibilité musicale, parfois un peu "rétro" mais toujours parfaitement savoureuse. ‘Secret Toast and Jam’ développe aussi le très beau thème romantique associé à Evangeline, et qui évoquera plus tard l’affection entre Mr. Brown et sa jeune domestique.

En l’espace de quatre morceaux, Doyle a posé les bases de sa partition et dévoilé les principaux thèmes de sa partition. Dès lors, l’aventure peut enfin commencer! Si l’on reste proche d’un style mickey-mousing/classique dans ‘A Clockwork Mouse’, ‘The Pink Chair’ développe la facette plus intimiste et romantique du score de Nanny McPhee avec cordes et piano tout en douceur, rappelant les souvenirs de Mr. Brown envers son ancienne femme décédée il y a bien longtemps. La magie pointe le bout de son nez dans ‘I Did Knock’ pour illustrer Nanny McPhee et ses étranges pouvoirs. On retrouve par ici certains éléments du score de Harry Potter & The Goblet of Fire notamment dans la façon dont Doyle utilise les vents et les cordes de façon plus mystérieuse avec quelques vagues sonorités cristallines et des choeurs associés à la magie. Le compositeur pousse même l’allusion encore plus loin puisqu’il réutilise un motif qui rappelle beaucoup celui de Voldemort dans le quatrième opus des aventures d’Harry Potter, motif mystérieux de quelques notes ascendantes associé ici aux mystères de l’énigmatique Nanny McPhee. La variété d’ambiance reste le maître de mot de Patrick Doyle sur Nanny McPhee. Ainsi, ‘Goodnight, Children’ et ‘Soup du Jour’ alternent entre passages intimes et mickey-mousing tandis que ‘Measle Medicine’ développe une sorte de valse mystérieuse et inquiétante associée aux secrets de Nanny McPhee. Un morceau comme ‘Barnyard Fashion’ et son côté très sautillant/espiègle et humoristique possède un classicisme qui fait parfois penser à Prokofiev. De l’humour, il est d’ailleurs justement question dans l’amusant ‘Lord of the Donkeys’ durant la scène où Nanny McPhee fait danser l’âne par le biais de sa magie, petite pièce de danse pour violon, piccolo et pizzicati de cordes.

Si l’émouvant ‘The Girl in the Carriage’ se veut légèrement plus dramatique lorsqu’Evangeline part avec Tante Adélaïde (Doyle rappelant au passage son très beau thème lyrique, dans la veine de celui du score de Secondhand Lions), ‘Kites in the Sky’ développe un thème plus serein associé à l’amitié entre Nanny McPhee et les enfants. On est loin ici du motif mystérieux et inquiétant de Nanny McPhee dans ‘I Did Knock’, la mélodie se voulant ici plus chaleureuse et rassurante. Doyle évoque le rapprochement entre les enfants de Mr. Brown et la mystérieuse Nanny McPhee, qui devient petit à petit pour eux une amie, une allié précieuse. Doyle s’offre un nouveau petit détour du côté de l’humour dans le fantaisiste ‘Toad in the Teapot’ pour la scène des tours de magie (crapaud dans la théière de l’affreuse Mrs. Quickly) marquant le retour du clavecin baroque qui évoque avec ironie le côté aristocrate délurée et vicieuse de Mrs. Quickly, tandis que ‘Mrs. Brown’s Lullaby’ nous propose une nouvelle mélodie chantée ici sous la forme d’une très belle berceuse, Doyle vouant décidément une certaine affection pour les passages chantés qu’il glisse régulièrement dans ses partitions (‘She Was a Real Lion’ dans Secondhand Lions, ‘Underwater Secrets’ dans Harry Potter & The Goblet of Fire, ‘Kindle my Heart’ dans A Little Princess, etc.). Le final du film, qui débute avec le retour du très beau thème d’Evangeline dans ‘The Lady in Blue’ (scène du début du mariage de Mr. Brown), se prolonge sur l’amusant ‘Bees and Cakes’ pour la scène de la bataille de gâteaux (qui reprend le thème ironique de ‘They’ve Eaten the Baby!’ joué ici aux saxophones) et se conclut sur un final magnifique, ‘Snow in August’, sept minutes de pur bonheur pour tous les fans des musiques romantiques/lyriques chères au compositeur écossais. Le compositeur développe le thème d’Evangeline qui se transforme en Love Theme entre Mr. Brown et Evangeline, apportant le traditionnel happy-end prévisible au film de Kirk Jones. Le thème de Nanny McPhee refait une dernière apparition sous un angle toujours aussi chaleureux, confié à des cordes lyriques et un choeur féerique. La mélodie de ‘Mrs. Brown’s Lullaby’ est aussi de la partie, fredonnée ici par une voix féminine rassurante, alors que la neige commence à tomber durant le mariage, recouvrant le paysage d’un long manteau de blancheur pure, symbolisant l’accomplissement des protagonistes principaux à travers leurs épreuves et la consécration de l’amour entre Mr. Brown et Evangeline.

Une fois encore, on sent à quel point Patrick Doyle s’est fait plaisir en écrivant la musique de ce film, dévoilant une facette tour à tour plus charmante, fantaisiste, lyrique, touchante et amusante de son style musical. On sent à quel point Doyle a atteint une certaine maturité musicale et qu’il n’a désormais plus grand chose à prouver, d’où un certain manque par moment d’originalité et d’audace dans sa musique. Cependant, on ne pourra pas rester insensible ici aux charmes de cette très belle partition orchestrale portée par un classicisme raffiné et le savoir-faire indiscutable de l’un des meilleurs compositeurs officiant à l’heure actuelle à Hollywood et aux alentours. Après le succès du massif Harry Potter & The Goblet of Fire, Patrick Doyle continue de nous prouver qu’il est plus que jamais le compositeur romantique/classique number one à Hollywood, choisissant toujours ses projets avec une certaine minutie. Sa partition symphonique pour Nanny McPhee apporte toute l’émotion et le relief nécessaire à l’histoire du film de Kirk Jones, personnifiant musicalement chaque facette de l’histoire, que ce soit l’humour, la magie, l’aventure ou l’émotion. La variété des thèmes et des ambiances agrémentent l’ensemble et rendent l’écoute vraiment intéressante autant dans le film que sur l’album de Varèse Sarabande. Evidemment, on pourra toujours critiquer le côté très conventionnel de la musique de Doyle, mais qu’importe, la partition fonctionne parfaitement dans le film, et musicalement parlant, c’est une vraie réussite, alors que demander de plus?

Quentin Billard

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