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Wallace & Gromit : le Mystère du Lapin-Garou  (2005)

Varèse Sarabande (11 octobre 2005) | Original Score [musique originale]


 

Les musiques des premiers Wallace & Gromit n'ayant jamais été édité en CD, c'est l'occasion ici d'apprécier ce qu'on peut considérer comme l'oeuvre la plus importante de Julian Nott, et on aurait tort de s'en priver : au menu, d'excellents morceaux d'action (les séquences de poursuite, mémorables), et le célèbre thème du duo, mis à toutes les sauces.



[© Texte : Cinezik] •
Wallace & Gromit : le Mystère du Lapin-Garou

Tracklist (de la BO en CD ou Digital)

1. A Grand Day Out (1:52)
2. Anti-Pesto To The Rescue (3:19)
3. Bless You, Anti-Pesto (1:56)
4. Lady Tottington & Victor (2:05)
5. Fire Up The Bun-Vac (1:46)
6. Your Ladyship (1:07)
7. Brainwash & Go (2:26)
8. Harvest Offering (2:29)
9. Arson Around (2:23)
10. A Big Trap (3:25)
11. The Morning After (1:45)
12. Transformation (4:04)
13. Ravaged In The Night (1:42)
14. Fluffy Lover Boy (4:39)
15. Kiss My Arrrtichoke (4:30)
16. Dogfight (4:38)
17. Every Dog Has His Day (2:42)
18. All Things Fluffy (1:09)
19. Wallace & Gromit (1:09)

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Il aura fallu près de dix ans d'attente pour retrouver Wallace & Gromit sur un écran de cinéma. Une attente longue, parsemée de doutes (Nick Park lui-même a toujours appréhendé de voir passer ses personnages au format long), mais une attente méritée. Alors qu'entre temps, Nick Park et son équipe ont pu se "faire la main" sur CHICKEN RUN en 2000, premier long-métrage réalisé et produit par les studios Aardman (et distribué pour l'occasion par DreamWorks), il aura fallu cinq ans de plus pour écrire, produire et réaliser le quatrième film de Wallace & Gromit, premier long-métrage de la série, après les trois célèbres court-métrages réalisés entre 1989 et 1995, et la série de 12 sketches sortis en DVD sous le titre "Cracking Contraptions" (2003). Qu'en est-il donc de ce film tant attendu ?

Contre tout attente, il est exceptionnel. Peut-être pas le meilleur de la série (format long oblige), mais d'une qualité visuelle et narrative au moins égale aux deux précédents films de Nick Park, à savoir A CLOSE SHAVE (Rasés de Près, 1995) et CHICKEN RUN (2000). Nick Park, Steve Box et leur équipe chevronnée sont parvenus à rendre avec subtilité toute l'essence des premiers Wallace & Gromit dans cette histoire farfelue de lapin-garou et de légumes géants, prolongeant ainsi, pour notre plus grand plaisir, l'univers absurde et terriblement "british" de Wallace & Gromit, au sein d'une intrigue policière dense, riche, drôle, et bourrée de retournements de situations, toujours judicieusement amenés et développés. LE MYSTÈRE DU LAPIN-GAROU se déguste tout au long avec les yeux et les oreilles, comme un bonbon toujours plus sucré au fil de l'avancement... Un pur moment de bonheur ! Décors minutieux et grandioses, couleurs subtiles, détails d'arrière-plan hilarants (l'église en est particulièrement truffée), ce nouveau Wallace & Gromit est décidément un bien grand cru, dans la tradition des premiers films, tout en s'adaptant à un plus large public (qui ne connaîtrait pas les précédentes histoires).

Qu'en est-il de la musique ? Le compositeur anglais Julian Nott, auteur des précédentes partitions de Wallace & Gromit, avait autant de chances que Nick Park de voir l'intérêt de sa musique s'étaler sur un long-métrage, surtout après les exceptionnelles musiques qu'il a écrites pour les trois court-métrages précédents, particulièrement inspirées, rythmées et inventives, rendant un hommage glorieux aux musiques de film d'aventures et aux polars, auxquels Nick Park fait lui-même référence.

Si Julian Nott rempli pleinement son contrat sur ce film, en développant une partition riche et efficace (qui ne dénature jamais le célèbre thème de la série, interprétée par une fanfare du Yorkshire), on est toutefois régulièrement submergé par une musique un poil trop dense et lourde, héritée du style musical d'Hans Zimmer, qui occupe ici la fonction de producteur musical.

Si la musique de CHICKEN RUN, composée à l'époque par le duo explosif de John Powell et Harry Gregson-Williams (également auteurs des musiques de FOURMIZ ou de SHREK - et britanniques de naissance), était particulièrement adaptée au film, qui demandait une bande son survitaminée, émouvante et bourré de références (contexte des années 50-60 oblige), la musique du MYSTÈRE DU LAPIN-GAROU marque moins à cause de cette légère influence venue tout droit d'Hollywood, et plus précisément du studio Remote Control (ex-Media Ventures) de Hans Zimmer, à qui l'ont doit l'excellentes musiques d'animation (LE ROI LION, LE PRINCE D'EGYPTE), mais aussi de sombres bouses musicales (SPIRIT L'ÉTALON DES PLAINES, MADAGASCAR, GANGS DE REQUINS)... Bien entendu, Zimmer n'est pas responsable, mais a en partie choisi les compositeurs additionnels censés aider Julian Nott dans sa lourde tâche (composer 85 minutes de musique en quelques semaines). On retrouve donc dans l'aventure Jim Dooley (compositeur assistant de Zimmer très inspiré sur BLACK HAWK DOWN et THE RING), Rupert Gregson-Williams (le frère du grand Harry), ainsi que Lorne Balfe et Alastair King, deux autres compositeurs additionnels. Un choix à double tranchant : tandis que Julian Nott se fait assister sur le métrage, on densifie également sa musique pour la rendre plus spectaculaire à l'écran, et aussi, en quelque sorte, plus "américaine". Et c'est là la limite de la démarche, qui vise à dénaturer légèrement le style typiquement "anglais" de Nott pour un public plus large (ici, plutôt le public américain). Une influence donc un peu décevante sur le style pourtant si frais et inspiré de Julian Nott (qui s'était littéralement surpassé sur les trois premiers court-métrages de la série), rendant la partition du MYSTÈRE DU LAPIN-GAROU un peu plus "formatée" qu'elle n'aurait pu l'être, si Nott avait été seul décideur musical. Un choix artistique discutable, mais très certainement imposé par DreamWorks, distributeur international du film. Tant pis, on fait avec.

Reste d'excellents morceaux d'action (les séquences de poursuite, mémorables), et le célèbre thème du duo, mis à toutes les sauces. Des passages savoureux qui seront néanmoins particulièrement agréables sur le CD. Les musiques des premiers Wallace & Gromit n'ayant jamais été édité en CD, c'est l'occasion ici d'apprécier ce qu'on peut considérer comme l'oeuvre la plus importante de Julian Nott, et on aurait tort de s'en priver, sous le prétexte que Hans Zimmer soit passé par là (pour le meilleur et pour le pire).

Une musique qui, malgré ses influences, prouve que Julian Nott a su imposer ses idées, et a été particulièrement inspiré par l'histoire de Nick Park, plus farfelue que jamais ! La musique participe de cet élan de bonheur et de folie qui parcours l'ensemble du film, et en ce sens, même les passages les plus "américanisés" du score participent à rendre le film rythmé, efficace, émouvant et mémorable. Un grand cru, donc !

Sylvain Rivaud

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