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Palmarès le 17 juin 2020

Prix UCMF 2020 : Quelle place pour les compositrices ?
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Propos recueillis par Benoit Basirico - Publié le 15-06-2020
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L'Union des compositeurs de Musique de Film remet chaque année ses prix. Cette année, les lauréats sont connus lors d'une cérémonie exclusivement numérique retransmise le 17 juin 2020 sur Youtube et Facebook. Parmi les nommés, la présence d'une seule femme, Hildur Guðnadóttir (pour "Joker"), et donc d'aucune française, a fait réagir les compositrices qui viennent de publier une tribune ""Lettre ouverte à l'UCMF". Nous avons décidé de leur donner la parole pour comprendre leur "indignation" face à cette "invisibilité". 

Voir le palmarès

Parmi les nommés, nous pouvons dénombrer un certain nombre de compositeurs appréciés de Cinezik (et qui figuraient dans notre bilan 2019, pour le cinéma) : Alexandre Desplat (Adults in the room), Benjamin Esdraffo (Alice et le maire), Grégoire Hetzel (Roubaix, Une lumière), Mathieu Lamboley (Minuscule 2), Dan Lévy (J'ai perdu mon corps), Alexis Rault (Les Hirondelles de Kaboul),
Nous apprécions aussi beaucoup Rob (Les Sauvages), David Reyes (Les Rivières pourpres, saison 2), Romain Trouillet (Edmond), Thomas Dappelo (Au nom de la Terre), Erwann Chandon (mais surtout pour un film sorti début 2020, La Dernière vie de Simon), Amine Bouhafa (nommé en court-métrage, mais apprécié en 2020 pour "Un Fils"), ou encore Laurent Perez Del Mar, Olaf Hund et Mathieu Alvado. L'intégralité des nominations sur le site de l'UCMF à lire ICI.  

Les talents sont donc nombreux et on peut s'en réjouir. Seulement, cette absence de femmes (hormis l'islandaise Hildur Guðnadóttir) reflète t-elle la réalité de l'année 2019 ? Dans les 28 citations de notre même bilan 2019, on pouvait apprécier également concernant les films français Fatima Al Qadiri (Atlantique, de production française), Julie Roué (Perdrix), Anne-Sophie Versnaeyen (Belle époque, qui a dépassé le million d'entrée dans les salles). Ces deux dernières compositrices sont d'ailleurs parmi les 27 signataires de la tribune adressée à l'association : Erella Atlan, Deborah Bombard-Golicki, Marion Boulay, Anne de Boysson, Diana Buscemi, Florence Caillon, Clémentine Charuel, Delphine Ciampi, Anna Cordonnier, Camille Delafon, Lolita Del Pino, Andréane Détienne, Florencia Di Concilio, Mathilde Ferry, Alice Guerlot-Kourouklis, Daisy Herbaut, Audrey Ismaël, Marie Laroche, Emma Lutringer-Gully, Delphine Malausséna, Sonia Mokhtari, Laetitia Pansanel-Garric, Irina Prieto Botella, Amandine Robillard, Julie Roué, Pia Véran, Anne-Sophie Versnaeyen. A noter que parmi elles, Florencia Di Concilio a écrit la musique d'un film d'animation actuellement en compétition au festival d'Annecy qui a lieu en ligne ("Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary" de Rémi Chayé).

La tribune "Lettre ouverte à l'UCMF" est à lire ICI

Dans ce texte, elles déplorent donc que "sur 28 nominations réparties dans les 7 catégories récompensant les compositeurs.trices nationaux, aucune femme ne figure. Où sommes-nous dans votre sélection ?" Elles se disent alors "perplexes, d'autres indignées, à la lecture de la liste des nommés".
Avant meme l'idée de la tribune, Anne-Sophie Versnaeyen a écrit spontanément à l'association pour témoigner personnellement de sa surprise : "Je ne suis pas d'un tempérament engagé. Et très souvent, quand je remarque une absence de compositrices dans les festivals, je me dis que ce sont les films qui sont les plus importants. Mais quand j'ai vu la liste masculine de l'UCMF, ça m'a fait pour la première fois une sensation bizarre. La question que je me pose est surtout comment ils déterminent leur panel. Je leur ai donc écrit aussi pour cela, mais je n'ai pas eu de réponses. Ils font figure de référence, ils représentent une institution qui peut être consultée sur certaines choses, ce n'est pas qu'un groupe de copains, donc ils ont un devoir de transparence et de sérieux dans le fait d'être représentatifs. Le fait qu'il n'y ait aucune française, même en jeunes talents ou court-métrages, ce n'est pas la réalité. Avec ce panel masculin, quel message on envoie aux réalisatrices et réalisateurs, compositrices et compositeurs, à la SACEM, aux mélomanes ? Je dis ça alors que je ne suis pas de nature habituellement à militer, mais je pensais qu'on n'en était plus à ce stade".

Les compositrices se posent surtout des questions sur les critères de selection, "Selon quelles modalités a-t-elle été établie ?". Le lien annonçant les nominations sur le site de l'UCMF ne fait que citer les nommés sans préciser ni présenter le contexte de cette attribution. Nous avons donc posé les questions au Secrétaire général de l'association, Jean-François Tifiou : "Un jury (constitué de Vincent Perrot, Thierry Jousse, Alex Jaffray, Sophie Loubière, Olivier Desbrosses et Isabelle Massot) attribue les nommés à partir des films envoyés par les productions.". A travers cette précision, nous comprenons donc que l'association ne se déclare pas responsable du choix des nommés. Jeff Tifiou poursuit dans ce sens : "Le C.A de l'UCMF ne donne aucune consigne, et on ne truquera pas le prix pour une histoire de sexisme." L'association s'en remet donc intégralement au jury. Ces jurés sont d'éminents connaisseurs de la musique de film, leurs goûts paraissent donc par nature légitimes. Ceux que nous avons contactés témoignent que seul le critère d'appréciation des musiques doit être pris en compte. Thierry Jousse par exemple affirme : "Je suis contre la discrimination positive en art mais je suis celui qui a défendu la nomination de Hildur Guðnadóttir, pour sa musique. Le problème ne doit pas concerner les prix qui sont en bout de chaine, mais bien qu'il n'y ait pas plus de femmes dans le métier, ce que je regrette".

Si la décision d'un jury est le résultat d'appréciations personnelles respectables, pour certaines compositrices c'est bien l'existence même du jury qui pose problème au sein d'une association telle que l'UCMF. Béatrice Thiriet, compositrice notamment pour Dominique Cabrera (Corniche Kennedy) et Pascale Ferran (Lady Chatterley), nommée aux César pour "Bird People", s'étonne par exemple qu'une association avec des membres-cotisants délègue la responsabilité des nommés à un jury extérieur : "La maladresse est peut-être de convoquer un jury qui n'est pas le reflet démocratique d'une association professionnelle qui par définition fait voter ses membres".

Pour les compositrices de la tribune, le problème réside aussi dans la nature de l'UCMF, "on peut lire que L'Union des Compositeurs de Musiques de Films a été créée avec la volonté de fédérer les compositeurs de musiques pour l'image en tenant compte de leurs points communs et de leur diversité. Il est cependant clair que vos nominations ignorent le travail des compositrices en France. En 2020, alors que l'industrie audiovisuelle tout entière s'interroge sur la place faite aux femmes, n'est-il pas temps que vous en fassiez autant ?". Julie Roué que nous avons contactée affirme : "A partir du moment où ils sont une association qui prétend nous représenter, qu'ils reçoivent des subventions de la SACEM à laquelle nous cotisons tous.tes, ils ont forcément un rôle politique à jouer. Ils sont visibles dans des festivals, représentent les compositeur.trices de musiques de films français à l'étranger, cela rend leur rôle important. On ne demande pas tant à recevoir des prix, mais notre ambition est qu'il y ait de plus en plus de compositrices, et les prix UCMF sont comme toute opération de visibilisation : un encouragement pour la jeune génération. On a aussi envie que la SACEM se sente concernée par la question puisqu'ils soutiennent cette association. Et plus largement on souhaite interpeller les organismes qui promeuvent la musique de film : le CNC, les festivals... Nous nous félicitons d'ailleurs d'avoir le soutien du collectif 50/50. Tout le monde est d'accord pour déplorer la rareté des femmes dans notre métier. Mais on peut continuer à le déplorer pendant longtemps encore ! A un moment, il faut faire en sorte de changer l'équation, sinon rien évoluera. Je crois que cela passe par une mise en lumière des femmes maintenant, et le moment est bien choisi, car la société tout entière s'interroge sur la représentation de la diversité. Et puis un jour, espérons-le, l'égalité se fera d'elle-même. Là, en l'occurrence, si la seule cérémonie récompensant la musique de film française ne fait pas le travail de valoriser la diversité, rien ne changera."

De son côté, Jeff Tifiou se défend de tout sexisme dans l'association : "Nous ne sommes pas un syndicat. Mais l'association met en place malgré tout à l'année des actions pour les femmes. On maitrise assez bien la question, on le rappellera lors de la remise des prix. Et je rappelle que Béatrice Thiriet, représentante des compositrices, a été secrétaire générale, et on va surement l'intégrer dans notre comité d'honneur. Mais des Béatrice Thiriet, il n'y en a pas 10". Parmi les actions que l'association nous a transmises, il y a eu en 2017 une rencontre publique avec Hélène Blazy, en 2018 avec Béatrice Thiriet, en 2018 et 2019 des rencontres scolaires avec Elisabeth Anscutter, un BO concert en 2014 avec dans la programmation Tiziana de Carolis et Silvia Filus (sur 24 compositeurs joués), et dans les précédents palmarès du Prix UCMF les lauréates Selma Mutal, Olivia Merilahti, Pascale Cuenot, Sophie Hunger. Pour le palmarès de cette année, il reste quelques prix non annoncés en amont ("Prix Tandem Réalisateur/Compositeur", "Coup de Coeur UCMF 2020", "Prix Hommage"). Suite à cette tribune, il se peut qu'une compositrice en fasse partie. 

Pour conclure, Béatrice Thiriet réagit à la tribune publiée :
"Je comprends parfaitement l'indignation des signataires de la pétition, elles représentent la jeune génération des compositrices françaises, certaines d'elles se sont illustrées dans des prix à travers le monde cette année et je comprends qu'elles soient choquées de ne pas être représentées. Ce choc, je l'ai ressenti moi-même dès l'annonce de la sélection qui a été commentée sur les réseaux par des compositrices et compositeurs. Et je pense qu'il y avait matière à nommer des femmes aux Prix de l'UCMF. En tant qu'ex-Secrétaire générale de l'UCMF, j'ai initié la "Mission Jeunes Compositeurs" avec le Ministère de la Culture, et ce mentorat qui a réuni deux compositeurs et deux compositrices (Delphine Malaussena et Marie Laroche) fonctionne très bien. J'avais l'impression en quittant mes fonctions à l'UCMF qu'une voie s'était dessinée, notamment l'année dernière quand on avait dédié la remise des prix à Germaine Tailleferre, et qu'on avait évoqué la personnalité de Nadia Boulanger, qui a été notamment la professeure de Vladimir Cosma. Cette voie promettait de récompenser les compositrices françaises au Palmarès de ce prix. Ce qui me réjouit en tant que compositrice, c'est quand je lis la liste non exhaustive proposée par la tribune des films de 2019 dont la musique est signée par une femme, je suis vraiment étonnée du nombre, de la quantité et qualité des oeuvres proposées. Donc aujourd'hui, on ne peut pas dire qu'il n'y a pas de compositrices de musique de film en France. Il y a une génération qui est en train de se lever."

Pour rappel : en 2019 sur les productions françaises (sorties en salles), il y a eu 10 femmes compositrices - soit 5% (7 fictions, 4 docus, 1 animation, 2 chanteuses à l'origine - Camille et Yael Naim) - parmi elles, 3 étaient à Cannes : Marie-Jeanne Serero, Delphine Ciampi, Julie Roué, Sarah Murcia, Camille Dalmais, Yael Naim, Fatima Al Qadiri, Anne-Sophie Versnaeyen (2 films), Ute Engelhardt, Shaïnez Larbaoui. Il y a également 2 femmes en tandems mixtes (Anja Lechner et Florence Caillon).

Egalement à lire sur Cinezik 

 Qui sont les compositrices du cinéma ? Panorama des femmes en musique de film !

 Interview B.O avec Anne-Sophie Versnaeyen (LA BELLE ÉPOQUE, Hors Compétition Cannes 2019)

 Interview B.O du tandem Julie Roué et Erwan Le Duc (PERDRIX, Quinzaine des Réalisateurs, Cannes 2019)

Palmarès du prix UCMF

Les lauréats ont été annoncés dans la soirée du 17 juin :

Catégorie Cinéma : Alexandre Desplat, pour Little Women de Greta Gerwing et Adults in the room, de Costa Gavras

Catégorie Cinéma d’animation : Mathieu Lamboley, pour Minuscule 2

Catégorie Fiction TV : David Reyes, pour Les Rivières pourpres, saison 2

Catégorie Documentaire : Mathias Duplessy, pour On nous appelait Beurettes

Catégorie Jeune Talent : Romain Trouillet, pour Edmond

Catégorie Court Métrage : Olaf Hund, pour Sous la mousse

Catégorie Court Métrage d’animation : Mathieu Alvado, pour Royal Madness

Catégorie Partition Internationale : Alberto Iglesias, pour Douleur et gloire

Prix Hommage : Philippe Sarde, Lalo Schifrin, Vladimir Cosma

Coup de Cœur UCMF 2020 : Festival de la Baule

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La tribune sur Facebook :

 

Playlist des compositrices françaises de musique de film : 


 


En savoir plus :
Béatrice Thiriet La SACEM UCMF - Union des Compositeurs de Musique de film


Propos recueillis par Benoit Basirico - Publié le 15-06-2020

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