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Journal des B.O de Cannes #4 : un violoncelle (Plus Que Jamais), des percussions (Pamfir), des chansons (Don Juan)...

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par Benoit Basirico - Publié le 23-05-2022




Encore de belles partitions dans les films de Cannes ! Dans "Plus Que Jamais" (Emily Atef) le violoncelle celeste et rugueux est central (de Jon Balke et Hildur Guðnadóttir) pour réconforter une fin de vie, dans "Don Juan" (Serge Bozon) un orchestre lyrique (de Benjamin Esdraffo) et des chansons (de Mehdi Zannad) pour exprimer un amour blessé, et encore des percussions (de Laetitia Pansanel-Garric) pour un carnaval ukrainien dans "Pamfir" (Dmytro Sukholytkyy-Sobchuk)...  

Emotion forte à Un Certain Regard avec "Plus Que Jamais" de la réalisatrice franco-allemande Emily Atef avec le périple en Norvège d'une femme (Vicky Krieps) condamnée par la maladie, laissant derrière elle son compagnon (Gaspard Ulliel). A la musique, un artiste du pays où le personnage s'exile :  le pianiste norvégien de jazz Jon Balke. Il ajoute à son piano dissonant le violoncelle, notamment pour créer une tension lors des moments de crise du personnage. On retrouve le violoncelle dans 5 pièces existantes de Hildur Guðnadóttir sous une forme encore plus déchirante, dont le timbre à la fois celeste et rugueux convient au périple ressourçant et mortifère du personnage. L'actrice Vicky Krieps a écrit et interprète pour la fin du film une chanson, "Like Water Like Silk". Voir le tracklist

Pour "Don Juan" (de Serge Bozon, Cannes Première), Benjamin Esdraffo retrouve Serge Bozon après "Madame Hyde" (2018). Pour cette libre adaptation de Molière, des chansons (écrites avec Mehdi Zannad et Laurent Talon) expriment le désarroi du personnage (un Don Juan triste, en deuil de son amour). La partition orchestrale joue le tragique, la grandeur des sentiments, soutient la gravité d'un amour blessé, dans une dimension opératique. Alain Chamfort , Virginie Efira et Tahar Rahim (qui incarne le rôle titre) sont les interprètes des chansons. • Ecouter notre entretien/podcast avec Benjamin Esdraffo / Serge Bozon / Mehdi Zannad.

"Pamfir" (Quinzaine des Réalisateurs) est le premier film ukrainien de Dmytro Sukholytkyy-Sobchuk. La présence musicale y est parcimonieuse. Laetitia Pansanel-Garric parvient à élaborer à sa juste place une partition frappante. La relation émouvante entre un père et son fils est soutenue délicatement dans une scène par un celesta, en contraste avec un contexte violent, en tension permanente. Le récit évolue jusqu'à une scène de carnaval qui permet à la compositrice de concevoir une musique percussive envoutante, à la dimension foklorique, presque chamanique, qui se déploie pour une pleine immersion, favorisée par l'usage du plan séquence.  • Notre entretien de la compositrice.

Avec "Triangle of Sadness" (en compétition), le suédois Ruben Östlund ("The Square") construit sa féroce satire en trois parties (le monde de la mode, un bateau de croisière, une plage). Il s'agit pour le cinéaste de dépeindre (avec outrance, mysantropie et ricanement) les vices humains. Les divers emprunts musicaux participent à cet effet de surplomb démiurgique et au sentiment de surcharge par sa nature hybride et répétitive (avec des motifs qui reviennent régulièrement de manière entêtante). Voir le tracklist

"Tout le monde aime Jeanne" est le premier film Céline Devaux (à la Semaine de la Critique), une comédie introspective et singulière sur une femme en depression (Blanche Gardin) qui rencontre un homme fantasque (Laurent Lafitte). Comme les scènes d'animation qui représentent la pensée du personnage, la musique de Flavien Berger relate son intériorité, son désespoir, mais avec légèreté par ses sonorités electroniques aériennes. Un aspect fantastique et de conte se dégage de cette partition décalée. Le compositeur a aussi pris en charge les chansons de la chorale d'enfants (dont une représentation cloture le film). Voir le tracklist • Notre entretien de la réalisatrice et du compositeur.

"Falcon Lake" (Quinzaine des Réalisateurs) est la première réalisation sensible de l'actrice québécoise Charlotte Le Bon. La chanteuse, pianiste, auteure-compositrice et guitariste québécoise Klô Pelgag (de son vrai nom Chloé Pelletier-Gagnon) et la pianiste suédoise Shida Shahabi proposent une partition climatique qui fait ressentir la moiteur et le calme qui règne autour du lac et l'isolement des ados loin des adultes. Les frustrations et les peurs du garçon sont figurées à travers une ambiance fantastique (peuplée de fantômes) qui dévie du réalisme de la simple chronique sentimentale. 

Quentin Dupieux déçoit avec "Fumer fait tousser" et confirme qu'il a écarté de ses films son double musical, Mr Oizo. Pour sa nouvelle comédie sous forme de film à sketches (rendant hommage aux histoires qu'on se raconte pour se faire peur) il convoque des titres psychédéliques et futuristes de l'artiste canadien de musique electronique Mort Garson. Entre autres musiques existantes, on entend "Dieu est un fumeur de havanes" de Serge Gainsbourg en ouverture. Voir le tracklist.

Après celle de "Esterno Notte", une autre B.O d'un film de Cannes est disponible en digital : "Eux" (de Alex Garland, Quinzaine des réalisateurs). Geoff Barrow & Ben Salisbury répondent au cahier des charges du film d'horreur.  La partition installe le personnage dans la campagne anglaise où il se réfugie (par des notes aériennes et champêtres) avant de devenir terrifiante avec ses sonorités sourdes, dissonantes, et ses voix réverbérées (des effets d'échos convenant bien au tunnel du film). 

Tunnel Escape ("Eux" / Geoff Barrow & Ben Salisbury): 


"Unveiled" - Hildur Guðnadóttir ("Plus Que Jamais")

 

par Benoit Basirico

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