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Journal des B.O de Cannes #3 : l'orchestre tragique de Grégoire Hetzel, les fantômes de Olivier Marguerit...

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par Benoit Basirico - Publié le 22-05-2022




Parmi les présences musicales bouleversantes, les retrouvailles de Grégoire Hetzel avec Arnaud Desplechin ("Frère et soeur") sont au meilleur de leur forme avec du tragique, de la dissonance, de la rupture, de l'imprévisible. Tandis que Olivier Marguerit teinte l'enquête policière de Dominik Moll ("La Nuit du 12") d'une couleur spectrale. 

Arnaud Desplechin surprend avec l'épatant "Frère et soeur" (en compétition - également dans les salles depuis le 20 mai), l'histoire d'une haine pathologique entre une soeur (Marion Cotillard) et un frère (Melvil Poupaud) qui s'évitent. Le film entreprend alors un chemin imprévisible, engendre à la fois de la dissonance et du burlesque, de la gravité et de la drolerie, de la réalité violente et de l'onirisme. Les circonvolutions du récit faites de ruptures et d'échappées confère au film les allures d'une partition jazz. Pour la véritable musique, le cinéaste retrouve son fidèle Grégoire Hetzel - pour la 7e fois au cinéma depuis "Rois & reines" (2004) - avec une partition orchestrale ajoutant du tragique, avec tout de même la présence spontanée d'un saxophone en pleine liberté. 

Hors Compétition, "La Nuit du 12" de Dominik Moll est un film policier singulier et émouvant. Une enquête policière (menée par un agent de la PJ - Bastien Bouillon) pour élucider le meurtre d'une jeune fille laisse place aux démons intérieurs de chaque témoin, à des fantômes invisibles qui amènent une dimension fantastique. Le compositeur Olivier Marguerit (apprécié l'année dernière avec "Onoda") propose alors un thème vocal (pour une dimension celeste) et des cordes au mouvement indolent (pour la mélancolie), pour une partition partagée entre les pulsions de mort et de vie, à la fois sombre et lumineuse. Par ailleurs, on y entend trois chansons 100% originales, "ANGEL IN THE NIGHT" (Dominique Moll / Olivier Marguerit) est la chanson (interprétée par Stéphane Milochevitch) qu'un des suspects entonne devant la tombe de la défunte, sensée provenir d'un groupe fictif des années 80 ; "CLARA", chanson au nom de la jeune disparue écrite par une de ses relations dans le film incarnée par le rappeur Nathanaël Beausivoir, et enfin "WHITE FLOWERS" (Shanti Masud / Olivier Marguerit), chanson de fin interprétée par Mina Tindle. • Ecouter notre Interview-Podcast du compositeur.

"Dalva" est un film choc à la Semaine de la Critique. Emmanuelle Nicot filme une fille de 12 ans (Zelda Samson) qui est brusquement retirée du domicile paternel en raison de violence subies. Face à cette dureté et à ce personnage refermé sur lui-même, Frederic Alvarez (qu'on avait aimé sur "Louloute" de Hubert Viel) propose une partition aérienne jouant la douceur pour marquer le parcours intérieur de la jeune femme vers une émancipation et qui se déploie jusqu'au procès final. • Notre entretien de la réalisatrice et du compositeur.

Egalement à la Semaine de la Critique, nous retrouvons une jeune fille dans "Alma Viva" de Cristèle Alves Meira. Celle-ci est hantée par l’esprit de sa grand-mère disparue, au creux des montagnes portugaises. Amine Bouhafa propose une partition éthérée (cordes, flûte, glass harmonica) pour représenter la part invisible du film liée à la sorcellerie. Et le compositeur qui accompagne 5 films sur le festival prend en compte le contexte géographique de chacun. Ici, il réunit des musiciens locaux (pour constituer le Alma Viva Band), en incluant quelques chansons interprétées à l'image.  • Notre entretien de la réalisatrice et du compositeur.

Après le Portugal, Amine Bouhafa se retrouve en Tunisie avec le premier film solaire de Erige Sehiri, "Sous les figues" (Quinzaine des Réalisateurs), sur des femmes qui travaillent à la récolte des figues et qui parlent de leur désir, le temps d'une journée sous les arbres. Au milieu des sons de feuilles qui bruissent et des oiseaux, la partition épurée intègre la harpe pour la dimension bucolique, jouant la parenthèse enchantée lors des instants de repos, intervenant lors des moments de déplacements, jamais pendant les dialogues.  • Notre entretien de la réalisatrice et du compositeur.

"Plan 75", premier film japonais de Chie Hayakawa, à l'ACID, est habité par la vieillesse et l'approche de la mort, autour du projet politique dystopique d'accompagnement logistique et financier pour mettre fin à ses jours. Le silence est pesant dans une mise en scène contemplative. La musique de Rémi Boubal représente alors le nouvel espoir pour les personnages. La partition parcimonieuse de cordes, de piano, flûte, exprime une certaine douceur. Le compositeur interprète par ailleurs pour le film la Sonate n°5 en Sol Majeur" de Mozart.  • Notre entretien du compositeur.

Enfin, concernant l'emploi de musiques préexistantes, il peut parfois être un atout pour toucher aux sentiments. Faut-il encore pour cela qu'un(e) cinéaste sache les intégrer habilement. Et c'est le cas pour Emmanuel Mouret (réjouissante "Chronique d’une liaison passagère", Cannes Première), qui illustre la romance (entre une mère célibataire - Sandrine Kiberlain - et un homme marié - Vincent Macaigne) oscillant entre tendresse, loufoquerie, et tragique, par des airs classiques (Haendel, Mozart, Poulenc), attribuant au contexte moderne une dimension d'un autre siècle, faisant un pont avec son dernier film historique. Le cinéaste dit de Mozart : "la légèreté mozartienne est profonde. J'aime le fait que ces sonates sont sentimentales sans trop en dire, qu'elles sont douces sans être sirupeuses. Elles apportent une subtilité encore plus grande aux sentiments des personnages". Aussi, "La javanaise" par Juliette Gréco en ouverture et fermeture embrasse le film. 

C'est aussi le cas de Mia Hansen-Løve, sur le déchirant "Un beau matin" (Quizaine des Réalisateurs), romance entre Sandra et Clément (Léa Seydoux - au chevet de son père malade, et Melvil Poupaud - en couple). Ainsi, le piano d'une sonate de Schubert apparait en guise de thème pour les sentiments ténus. Cette même sonate était associée à un âne dans "Au hasard Balthazar" (Robert Bresson, 1966), film décidement souvent cité (avec le "Hi-Han" de Skolimowski). 

par Benoit Basirico

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